____Des feuilles sont entassées sur mon bureau. Des dizaines, couvertes de mots. Certaines jonchent même le sol. Parmi elles, une lettre sans réponse, des ébauches de réponse jamais achevées, des feuilles volantes sur lesquelles on peut deviner des mots en fugue. Des mots de couleurs différentes, de l'anglais, qui embue une lettre qui ne trouve pas de fin, aux verbes d'allemand, qui se bousculent maladroitement, en passant par les sonorités chantantes du nom d'un auteur espagnol. Des adresses, des mémos traînent sur un cahier abîmé. Deux places de cinéma en guise de marque-page, qui n'attendent qu'un film à voir. Sur ma petite table blanche sommeillent des livres gondolés, et leurs pages cornées, déjà lus, à relire ou dont j'ai honte de ne les avoir que simplement feuilletés ; et des livres immaculés, qui prennent des airs de jamais-ouverts-ni-lus, et pourtant. Ils m'attendent, comme si chacun à leur tour, ils devaient prendre vie entre mes mains. Mes doigts sentent encore l'odeur de ces livres jaunis ou neufs. J'aime cette odeur particulière, ces délicates effluves de nostalgie qui se dégagent de chaque page. Chacun de ces manuscrits renferment la vie, celle-ci est imprégnée dans chaque mot qu'ils contiennent. En apparence, ces mots sont innocents et immobiles, mais lorsqu'ils défient votre regard, ils se fraient déjà un chemin vers votre c½ur ; et vous n'en prenez conscience que lorsque vous ressortez de cet antre de mots, le souffle coupé.
Les mots s'imprègnent dans ma peau, comme ils s'impriment sur le papier.
__ Ceux que j'aime faire virevolter, qui sifflent dans l'air, pour se coucher sur des feuilles blanches, dénuées de couleur, qui se teintent alors de vie ; ceux-ci sont des parties de moi que je redoute souvent de mettre à nu sous vos yeux, vous qui pouvez les scruter, en découvrir les faiblesses, puis les écorcher d'un silence.
__ Ceux qui ne m'appartiennent pas, qui dessinent avec précision ma pensée, qui n'exigent pas tant de moi que les premiers. Ceux-ci sont neutres, maîtres d'eux-mêmes. Ils peuplent mes devoirs. Ils sont parfois entourés, soulignés, barrés d'un coup de rouge trop confiant. Ils n'ont de valeur que leur sens.
__ Ceux qui nous sont étrangers et qui viennent à notre rencontre un peu par hasard, un jour de pluie, au coin d'une rue, pour tuer l'ennui. Puis sans prévenir, leur charme vous envoûte, vous accroche, vous prend au coeur, jusqu'à vous faire oublier le temps. Ils s'insinuent en vous pour vous toucher. Ils sont teintés de mystère et de défi, semblables à l'inconnu qui vous attend au bout du chemin. Ils sont « des miroirs, et l'on n'y voit que ce que l'on porte en soi-même », c'est ainsi qu'ils sont décrits dans le livre qui donne un sens à mes instants de répit. Ils sont insensibles à l'usure du temps, alors qu'à chaque instant, le monde vieillit, mais malgré tout, vous les lisez et relisez, pour qu'ils s'imprègnent davantage en vous. Ils ne perdurent que pour une raison, donner, sans limites, eux qui sont simplement formés de six ou sept lettres mais dont la portée est infinie.
____Tous ces mots tremblent, épars, sur les feuilles abandonnées amassées sur mon bureau. Ils se fichent du présent et vivent à contretemps. Leur souffle est suspendu à la tension de mes gestes. Ils n'attendent que mes doigts pour les prendre un à un, pour les sculpter, les affiner.
Les mots s'imprègnent dans ma peau, comme ils s'impriment sur le papier.
__ Ceux que j'aime faire virevolter, qui sifflent dans l'air, pour se coucher sur des feuilles blanches, dénuées de couleur, qui se teintent alors de vie ; ceux-ci sont des parties de moi que je redoute souvent de mettre à nu sous vos yeux, vous qui pouvez les scruter, en découvrir les faiblesses, puis les écorcher d'un silence.
__ Ceux qui ne m'appartiennent pas, qui dessinent avec précision ma pensée, qui n'exigent pas tant de moi que les premiers. Ceux-ci sont neutres, maîtres d'eux-mêmes. Ils peuplent mes devoirs. Ils sont parfois entourés, soulignés, barrés d'un coup de rouge trop confiant. Ils n'ont de valeur que leur sens.
__ Ceux qui nous sont étrangers et qui viennent à notre rencontre un peu par hasard, un jour de pluie, au coin d'une rue, pour tuer l'ennui. Puis sans prévenir, leur charme vous envoûte, vous accroche, vous prend au coeur, jusqu'à vous faire oublier le temps. Ils s'insinuent en vous pour vous toucher. Ils sont teintés de mystère et de défi, semblables à l'inconnu qui vous attend au bout du chemin. Ils sont « des miroirs, et l'on n'y voit que ce que l'on porte en soi-même », c'est ainsi qu'ils sont décrits dans le livre qui donne un sens à mes instants de répit. Ils sont insensibles à l'usure du temps, alors qu'à chaque instant, le monde vieillit, mais malgré tout, vous les lisez et relisez, pour qu'ils s'imprègnent davantage en vous. Ils ne perdurent que pour une raison, donner, sans limites, eux qui sont simplement formés de six ou sept lettres mais dont la portée est infinie.
____Tous ces mots tremblent, épars, sur les feuilles abandonnées amassées sur mon bureau. Ils se fichent du présent et vivent à contretemps. Leur souffle est suspendu à la tension de mes gestes. Ils n'attendent que mes doigts pour les prendre un à un, pour les sculpter, les affiner.
J'ai les mots dans la peau. Des mots sauvages.
